Rencontre avec Massa Koné sur la ferme de Cardet

Des membres gardois du CCFD Terre Solidaire, de Terre de Liens et de la Confédération Paysanne se sont retrouvés le mardi 22 mars 2022 autour de Massa Kone, venu partager l'expérience de lutte contre l'accaparement des terres du Mali et d'une douzaine de pays d'Afrique.

Christine Rivière, fermière à Cardet, nous a accueillis autour d'un café. 

Massa Kone "juriste de formation, mais paysan de profession" connait bien nos associations, nous lui faisons part de nos actualités (rapport sur l'état des Terres pour Terre de Liens, notamment), puis l'interrogeons sur la situation du foncier agricole dans son pays.

Avant la colonisation, les terres étaient attribuées par communauté villageoise, chaque famille devant participer aux travaux agricoles sur une parcelle commune et se voyait attribuer une parcelle qui pouvait assurer l'autonomie alimentaire de la famille. Une personne seule était rattachée à une famille. Il n'y avait pas de "propriété" individuelle, le mot propriété n'a pas d'équivalent dans leur langue.

Les colons se sont attribués des portions de terre, les ont exploitées à leur profit (agricole, minier, ...),et lors de la décolonisation, la terre a été considéré comme appartenant à l'Etat. De nouveaux "colons noirs" ont alors profité de la situation pour "attribuer" des droits d'usage à des investisseurs, privant certaines communautés villageoises des terres nourricières coutumières. Il y a eu jusqu'à 8 niveaux autorisant l'attribution : un sous préfet pouvait "donner" 5 Ha sans justification, 10 au Préfet, 50 au Ministère, et sans limite par le chef de l'Etat. 

Les populations ont vu fondre leurs moyens de subsistance, les jeunes, qui ont bénéficié d'études, ont voulu faire cesser cet état de fait, les plus agés étant plus résignés.

Ils ont occupé les terres, rencontré les communautés villageoises et ont porté la lutte sur le plan légal (Massa a repris des études financées par le CCFD pour devenir jusriste). L'Etat a fini par accepter d'attribuer des attestations aux communautés pouvant justifier de 20 ans d'usage de la terre, tout en essayant de mettre en place le cadastre.

Les militants ont empêché les géomètres d'intervenir tant que toutes les communautés ne disposaient pas de leur attestation, afin d'empêcher l'attribution des parcelles à l'Etat par défaut.

Ils ont également obtenu une loi qui requiert l'autorisation des femmes pour toute cession ou attribution de terres, ce qui n'a pas été sans poser problème dans une société patriarcale. Les mères ont toujours soutenu les fils dans ces luttes qui les ont amenés à faire de la prison ou subir des agressions pour faire pression.

Cette lutte a été élargie à douze pays africains, au moyen d'une caravane qui a traversé ces pays pour sensibiliser les populations à ces enjeux.

Une "convergence contre l'accaparement des terres" organise en ce moment même un forum alternatif et la lutte commune s'est élargie à l'accès à l'eau et aux semences pour lesquels des risques importants existent, tant en Afrique que partout ailleurs, y compris en France.

 

Avant de se quitter, nous avons rendu visite aux poulaillers et Christine a ainsi pu échanger avec les présents sur son projet de tendre vers une plus grande autonomie alimentaire de son élevage de poules pondeuses, sur les difficultés qu'elle rencontre avec une législation toujours plus contraignante. 

 

Cette rencontre a permis de renforcer notre conscience collective de l'importance du commun autour de l'alimentation, l'eau, les semences et les terres nourricières, tant en Afrique qu'en Occident.